projet de loi de finances rectificative pour 2020 : mon intervention dans la discussion générale

M. le président. La parole est à Mme Christine Pires Beaune.

Mme Christine Pires Beaune. Nous serons donc réunis toute cette semaine pour examiner le troisième projet de loi de finances rectificative depuis le début de la crise sanitaire, mais nous ne l’avons toujours pas été pour examiner un PLFSS rectificatif alors que les conséquences de la crise sanitaire pèsent lourdement sur les comptes sociaux, dont nous estimons en effet le déficit à 52 milliards d’euros.

Examiner un troisième collectif budgétaire avant le mois de juillet, c’est sans doute une première et une nouvelle preuve que les mesures d’urgence contenues dans les deux premiers étaient insuffisantes. S’il est difficile de blâmer l’exécutif pour son manque d’anticipation initial en raison du caractère inédit de cette crise, force est de constater que ce troisième PLFR, tel qu’il nous a été transmis, paraît inachevé.

Répondre à la crise économique et sociale qui découle de la crise sanitaire exige à la fois une vision globale et un calendrier de mise en œuvre précis. Des plans de soutien sectoriels, aussi nombreux soient-ils, ne permettront jamais à notre économie de se relever rapidement et de s’adapter aux défis de demain s’ils ne s’inscrivent pas dans un plan de relance global.

Aujourd’hui, les Français et les acteurs économiques ne voient pas où vous voulez aller, monsieur le ministre. Ce plan de relance global, vous l’avez repoussé au mois de septembre au mieux, ce qui nécessitera sans doute un PLFR 4, suivi du PLF pour 2021, avant un PLFR 5 de fin de gestion. Avouez qu’un plan de relance présenté avant l’été et décliné dans ce PLFR 3 aurait eu toute sa pertinence.

La plupart de nos voisins, à l’image de l’Allemagne, ont présenté leur plan de relance, avec des priorités de moyen et long termes bien définies. Votre temporisation est dangereuse pour notre tissu économique et même pour notre cohésion sociale, alors que les prévisions de plusieurs organismes tels que le FMI, l’OCDE ou la Banque de France montrent que la récession devrait être bien plus forte en France que dans la plupart des autres pays du monde.

Les conséquences de cette crise sont concrètes et inquiétantes. Mon temps de parole étant limité, je me cantonnerai à la question de l’emploi. Le choc économique massif du premier semestre 2020 aura un impact négatif très fort sur le niveau d’emploi, en dépit d’un dispositif d’activité partielle généreux et bienvenu. La Banque de France estime que le niveau d’emploi sera inférieur de presque un million d’emplois au quatrième trimestre de l’année, par rapport à fin 2019. Cela équivaut à six années de créations d’emplois effacées d’une traite par la crise.

Il y a donc urgence à répondre à la détresse de ceux qui redoutent de ne pouvoir retrouver un emploi ou qui craignent de le perdre, à la détresse des 700 000 jeunes qui arriveront sur le marché de l’emploi dans quelques semaines, ainsi qu’à l’angoisse de ceux qui basculent déjà dans la précarité. La situation de notre pays nécessite l’adoption d’un plan de relance massif.

C’est justement l’ambition du plan de relance que nous, socialistes, avons présenté il y a deux semaines, « pour un rebond économique, social et écologique ». Un parti ou un groupe parlementaire d’opposition s’oppose, c’est son rôle, mais doit aussi être force de proposition. Ce plan, composé de quarante-cinq propositions, est global, cohérent et financé.

Parmi ces mesures figure par exemple la prime climat, proposition 27, qui combine subvention et avance remboursable, permettant ainsi aux bailleurs et aux propriétaires de lancer un grand plan de rénovation énergétique. Cette prime répond à un triple objectif : social d’abord, puisqu’elle permettra une réduction significative de la facture énergétique de 500 euros environ par an, ce qui n’est pas rien ; écologique ensuite, puisqu’elle conduira à une réduction des émissions de CO2 ; économique enfin, puisqu’elle participera au soutien du secteur de la construction qui en a bien besoin.

C’est d’ailleurs l’une des mesures phares de la convention citoyenne pour le climat, qui veut rendre obligatoire la rénovation énergétique globale d’ici 2040. Nous pouvons aller dans ce sens avec ce PLFR, sans attendre, si nous adoptons notre amendement no 1143.

Parmi nos quarante-cinq propositions figure aussi la nationalisation de Luxfer. J’y reviendrai au cours du débat, monsieur le ministre, tant ce dossier est vital pour notre indépendance sanitaire dans les années qui viennent. Nous étions très nombreux, jeudi dernier, devant les grilles de Luxfer, pour réclamer la réouverture de cette usine et surtout pour éviter que le savoir-faire de ses salariés ne se perde. Je sais que vos services suivent ce dossier, que des repreneurs frappent à la porte – mais voilà : les Anglais bloquent toujours et l’État français, lui, laisse faire. Vous pouvez procéder à une nationalisation temporaire du site, seule solution pour débloquer rapidement le dossier.

Manquant de temps pour vous présenter les quarante-cinq mesures de notre plan, je vais conclure. Monsieur le ministre, alors qu’approche une rentrée dramatique sur le front de l’emploi, n’attendons pas septembre pour soutenir les collectivités locales, les TPE, les PME, les petits commerces et les entreprises d’insertion. Donnez vite carte blanche et crédits au seul tandem qui a fonctionné pendant la crise sanitaire : les préfets de départements et les maires !

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