Mes interventions en séance publique sur l’affaire Benalla

Vous trouverez ci-dessous mes interventions en séance publique sur l’affaire Benalla.

Première séance du vendredi 20 juillet 2018 :

M. le président. La parole est à Mme Christine Pires Beaune, puis nous suspendrons la séance.

M. Christian Jacob. J’ai demandé aussi la parole !

M. le président. Je l’ai bien noté, monsieur Jacob. Comme je l’ai annoncé, je suspendrai la séance après l’intervention de Mme Pires Beaune. Nous reprendrons ensuite le cours de nos débats.

M. Philippe Gosselin. On va saucissonner les interventions, alors !

M. Marc Le Fur. Nous avons tout le temps, nous !

Plusieurs députés du groupe LaREM. Ça, on a bien vu !

Mme Christine Pires Beaune. Depuis la fin de la séance précédente, à une 1 heure 15 ce matin, un fait nouveau est apparu. C’est un fait particulièrement grave,…

Un député du groupe LR. Gravissime !

Mme Christine Pires Beaune. …et non une pseudo-nouveauté ou un simple fait divers comme voudrait nous le faire croire le président Ferrand. Cette révélation est incroyable : le ministre de l’intérieur était au courant des faits dès le lendemain.

M. Jean-Luc Reitzer. Et cela, il n’en a pas parlé au Sénat !

Mme Christine Pires Beaune. La commission des lois a recouru, hier soir, à une procédure particulière en se transformant en commission d’enquête. J’en remercie Mme la présidente de la commission des lois. Mais parce qu’il y a eu de nouvelles révélations ce matin, l’Assemblée nationale est en droit de demander à entendre Gérard Collomb.

M. Patrick Hetzel. Bien sûr !

Mme Christine Pires Beaune. Ce serait même une faute politique que de ne pas le faire ! (Applaudissements sur les bancs des groupes NG et LR. – M. Pierre Dharréville applaudit également.)

Mme Émilie Chalas. Il y a déjà trois enquêtes judiciaires en cours !

Mme Christine Pires Beaune. L’Assemblée nationale représente le peuple, et le peuple a le droit de savoir !

Nous allons siéger jusqu’à dimanche soir : nous avons trois jours et deux nuits de séance devant nous. M. Collomb ou le Premier ministre pourrait dégager une heure dans son agenda pour venir s’exprimer devant la représentation nationale !

M. Pierre-Henri Dumont. Nous pouvons même aller à Lyon, si le ministre de l’intérieur préfère !

Mme Christine Pires Beaune. Hier, nous avons perdu un après-midi entier,…

Un député du groupe LaREM. À qui la faute ?

Mme Christine Pires Beaune. …alors que Boris Vallaud avait suggéré une solution pour sortir de la crise.

M. Erwan Balanant. C’est faux ! Nous avons constitué très rapidement une commission d’enquête, après quoi nous avons pu reprendre nos débats !

Mme Christine Pires Beaune. J’espère que nous ne perdrons pas toute la journée avant d’avoir une réponse à la question suivante : oui ou non, pourrons-nous entendre Gérard Collomb ? (Applaudissements sur les bancs des groupes NG et GDR ainsi que sur plusieurs bancs du groupe LR.)

Deuxième séance du vendredi 20 juillet 2018 :

M. le président. La parole est à Mme Christine Pires Beaune.

Mme Christine Pires Beaune. Monsieur le président, vous vous êtes étonné, tout à l’heure, du nombre de rappels au règlement. Mais la majorité devrait se demander pourquoi il y a autant de rappels au règlement. M. Sacha Houlié a une réponse : nous voudrions faire obstacle à la révision constitutionnelle.

Mme Aurore Bergé et Mme Émilie Chalas. Oui !

Mme Christine Pires Beaune. C’est une mauvaise réponse ! Si tel était le cas, nous aurions utilisé ces arguties dès le premier amendement !

Mme Émilie Chalas. Vous en avez déposé 2 400 !

Mme Christine Pires Beaune. Si nous faisons tous ces rappels au règlement, c’est parce que nous sommes face à une situation extrêmement grave, et non à un fait divers, comme l’a dit M. le rapporteur général. À circonstances exceptionnelles, mesures exceptionnelles !

Depuis quarante-huit heures, les révélations se succèdent, de minute en minute. Et puisque ni le ministre de l’intérieur, qui est d’ailleurs disqualifié depuis ses mensonges devant la Haute Chambre…

M. Sébastien Chenu. Il se cache !

Mme Christine Pires Beaune. …ni le Premier ministre ne daigne venir devant la représentation nationale, nous sommes obligés, nous sommes contraints d’utiliser les outils qui sont à notre disposition. Devant de tels faits, qui ont été couverts depuis plusieurs mois au plus haut niveau de l’État, et qui ont fort heureusement été révélés par la presse encore libre dans ce pays, nous ne pouvons continuer à examiner un texte fondamental, comme si de rien n’était.

Nous ne demandons pas la lune. Nous voulons simplement entendre le Premier ministre dans les heures qui viennent. Écoutez-nous ! Et, monsieur le premier questeur, si vous voulez faire des économies, levez la séance tout de suite !

M. Florian Bachelier. Le coût sera le même !

M. Pierre Dharréville. Suspension de séance !

Deuxième séance du samedi 21 juillet 2018 :

M. le président. La parole est à Mme Christine Pires Beaune.

Mme Christine Pires Beaune. Je veux vous lire un extrait du discours prononcé par le Président de la République en janvier 2018, devant les forces de sécurité :

« Je veux le dire ici très clairement, la France est une République, il y a un Président de la République, il y a un Premier ministre qui conduit l’action du Gouvernement et un ministre en charge de l’intérieur. Il a auprès de lui des préfets, la politique, elle est une, elle est expliquée, le Gouvernement en est responsable devant le Parlement, et il en répond chaque jour où il est interrogé. […] Pour cela vous devez être exemplaires. […] L’exemplarité se traduit dans le respect absolu de la déontologie policière, dans le respect absolu des droits. Je sais que le respect de ces règles est au cœur de vos missions. Je ne peux pas laisser accréditer l’idée que les forces de l’ordre exercent des violences physiques […]. Si cela est fait, c’est contraire à toute déontologie. Si cela est fait et prouvé, cela sera sanctionné. Aucun manquement à la doctrine, à vos règles d’emplois qui sont formalisées, et à la déontologie qui organise votre action ne sera toléré. »

Le Président de la République a raison. Mais alors pourquoi le tolérer de la part d’un chargé de mission placé au cœur de la République ? Pourquoi ce monsieur avait-il son bureau au même étage que le Président de la République ? Pourquoi ce monsieur avait-il un accès illimité à l’Assemblée nationale ? Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir, disait La Fontaine ; selon que vous serez soutenu ou non par l’Élysée, la sanction sera douce ou rude.

M. Fabien Di Filippo. C’est la réalité de cette affaire !

Mme Christine Pires Beaune. C’est ce que pensent les Français. La République exemplaire en a pris un sacré coup !

M. Fabien Di Filippo. Un coup de poignard !

Mme Christine Pires Beaune. Aujourd’hui, vous ne pouvez pas refuser l’audition de M. Benalla. Aujourd’hui, on ne peut pas continuer d’examiner comme si de rien n’était un texte qui va réformer notre Constitution.

M. Pierre Cordier. Très bien !

Mme Christine Pires Beaune. Vous auriez tous intérêt, monsieur le président, madame la garde des sceaux, à accepter que nous suspendions nos travaux jusqu’à mardi. (Applaudissements sur les bancs des groupes NG, GDR et LR. – Mme Emmanuelle Ménard applaudit également.)

Mme Constance Le Grip. Tout à fait !

Première séance du dimanche 22 juillet 2018 :

M. le président. La parole est à Mme Christine Pires Beaune.

Mme Christine Pires Beaune. La majorité prétend qu’elle veut travailler et reprendre l’examen de la réforme constitutionnelle quand l’opposition chercherait à bloquer le fonctionnement des institutions : vous n’avez rien compris ! Vous croyez que cela nous amuse de passer notre dimanche ici à multiplier les rappels au règlement, à perdre notre temps ? (Exclamations sur les bancs du groupe LaREM.) Nous aussi nous voulons travailler…

Mme Nadia Hai. Alors allez-y !

Mme Caroline Abadie. Au boulot !

Mme Christine Pires Beaune. …mais, à la différence de vous, nous voulons travailler dans la sérénité parce que ce n’est pas n’importe quel texte que nous sommes en train de réformer : nous sommes en train de réformer la Constitution, la loi suprême, celle qui régit nos institutions ! Et pour cela nous avons besoin de sérénité.

Or, en dépit de l’ampleur que prend cette affaire, qui n’est ni un fait divers ni une affaire individuelle, ne vous en déplaise madame la ministre, vous voudriez nous faire passer pour des enquiquineurs, des irresponsables. Mais ouvrez les yeux ! Les Français se moquent de ce qui se passe ici aujourd’hui ! Ils n’en n’ont rien à faire. (Applaudissements sur les bancs du groupe NG.) Ce qu’ils veulent, les Français, c’est la vérité ! La vérité sur cette république qu’ils croyaient irréprochable.

Ils veulent savoir pourquoi un protégé du Président de la République tabasse des manifestants sur la voie publique. (Exclamations sur les bancs du groupe LaREM.) Pourquoi le Président de la République a préféré créer une police parallèle dédiée à sa sécurité plutôt que de faire confiance au Groupe de sécurité de la présidence de la République ? Pourquoi il ne se passe rien quand le ministre de l’intérieur, qui a eu connaissance des faits dès le lendemain, en informe l’Élysée ? Pourquoi M. Benalla, chargé de la sécurité du Président, dispose d’un badge qui lui permet d’accéder à l’hémicycle alors que le Président n’y met jamais les pieds ? Et je pourrais multiplier les « pourquoi » à l’infini.

Monsieur le président de Rugy, j’en appelle à vous : suspendez nos travaux jusqu’à mardi. Chacun retournera en circonscription où il pourra discuter avec les Français et constater que les Français n’attendent pas qu’on avance sur cette réforme. Non ! Ce qu’ils veulent c’est la vérité ! (Exclamations sur les bancs du groupe LaREM.) Ils veulent savoir ce qui s’est vraiment passé !

Aujourd’hui ils sont sidérés devant ce qui se passe. Ils pensaient avoir affaire à un pouvoir exemplaire : ils découvrent le pouvoir des affaires. (Applaudissements sur les bancs des groupes NG, FI et GDR et LR.)

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