Ma question crible sur les victimes de trafiquants d’êtres humains

 

Lors de la séance de question cribles  sur la politique du Gouvernement à l’égard des migrants le mercredi 17 janvier 2018, j’ai interrogé le ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur sur  les victimes de trafiquants d’êtres humains. Vous trouverez ma question et sa réponse ci-dessous.

 

Mme la présidente. L’ordre du jour appelle les questions sur la politique du Gouvernement à l’égard des migrants.

Je vous rappelle que la Conférence des présidents a fixé à deux minutes la durée maximale de chaque question et de chaque réponse, sans droit de réplique.

Nous commençons par des questions du groupe Nouvelle Gauche.

La parole est à Mme Christine Pires Beaune.

Mme Christine Pires Beaune. Madame la présidente, monsieur le ministre d’État, ministre de l’intérieur, chers collègues, au fil du temps, avec la fermeture d’autres routes migratoires, la Libye est devenue un point de passage inévitable pour de nouveaux migrants. De ce fait, l’Union européenne a décidé, en 2016, de mettre en place une coopération avec ce pays, afin d’instaurer un contrôle des flux migratoires entre les deux continents.

En novembre dernier, vous vous en souvenez, la chaîne CNN diffusait les images d’une vente aux enchères d’êtres humains en Libye. Les journalistes y mettaient en lumière l’existence d’une traite d’esclaves, qui suscita une vague d’émotion et d’indignation à travers le monde. Le Président de la République avait alors dénoncé, à juste titre, un véritable crime contre l’humanité, et il s’était alors engagé en faveur d’opérations d’évacuation d’urgence de ces migrants, victimes de trafiquants d’êtres humains.

Et pourtant, une fois encore, M. Macron applique le principe du « et en même temps ». Je note en effet une incohérence du discours politique au plus haut sommet de l’État, qui met à nouveau en évidence une contradiction entre la parole et les actes. Patrick Weil déclarait, il y a quelques jours : « M. Macron, c’est l’inverse de M. Sarkozy. M. Sarkozy était violent verbalement mais, sur le terrain, il était pragmatique. M. Macron est doucereux verbalement et, sur le terrain, c’est la dague. Il est un peu comme un chasseur à courre qui ferait des messages d’amour, le soir, pour les animaux. C’est ce qu’il fait pour les migrants : il leur souhaite des vœux, il dit bienvenue aux réfugiés et il signe la nuit des ordres qui les mettent dans la rue et les empêchent de se nourrir. »

Il est facile de déclarer que l’on veut mettre fin à l’esclavage – c’est ce que nous voulons tous, bien évidemment. Mais il est encore plus facile de renvoyer en même temps les migrants en Libye, en les jetant ainsi dans la gueule du loup. Le courage et la responsabilité devraient imposer à la France de se retirer de la coopération entre l’Union européenne et la Libye – coopération que le Haut-commissaire aux droits de l’homme de l’ONU a qualifiée d’inhumaine.

Il n’est plus possible qu’un pays comme le nôtre se fasse le complice de ces criminels, qui traumatisent, dépouillent, battent, violent et vendent des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants.

Mme la présidente. La parole est à M. le ministre d’État, ministre de l’intérieur.

M. Gérard Collomb, ministre d’État, ministre de l’intérieur. Madame la députée, je vous remercie de votre question. Comme vous le savez, une partie de l’action du Président de la République se déploie au niveau international, en particulier s’agissant de la problématique libyenne. C’est ainsi qu’il a pris l’initiative d’organiser la réunion de La Celle-Saint-Cloud, dans le but de poser les bases de la reconstruction d’un État en Libye. En effet, c’est l’absence d’État qui permet aujourd’hui à un certain nombre de groupes locaux de faire trafic de migrants. Nous travaillons actuellement, avec le délégué général envoyé par l’ONU, à créer les conditions du rétablissement d’un État en Libye, qui soit capable d’empêcher les scandales que vous dénoncez.

M. Fabien Di Filippo. Il faut faire la même chose à Notre-Dame-des-Landes !

M. Gérard Collomb, ministre d’État. Par ailleurs, nous accueillons aujourd’hui un certain nombre de personnes qui ont été renvoyées de la Libye vers le Niger. Nous nous sommes engagés vis-à-vis du HCR, l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés, à accueillir 10 000 de ces personnes réfugiées. Mais nous devons aussi nous adapter à l’actualité : il se trouve que l’aéroport de Tripoli est fermé aujourd’hui, parce que des affrontements entre groupes armés ont abouti à sa prise de contrôle par l’un d’entre eux. Nous sommes obligés d’agir en tenant compte de cette actualité internationale, pour le moins troublée.

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