Mon intervention sur la proposition de loi visant à créer une agence en faveur des collectivités térritoriales

 

Vous trouverez ci-dessous mon intervention lors de la discussion générale de la proposition de loi portant création d’une Agence nationale de la cohésion des territoires le lundi 11 mars 2019 :

Mme la présidente. La parole est à Mme Christine Pires Beaune.

Mme Christine Pires Beaune. Veuillez d’abord excuser l’absence de Marie-Noëlle Battistel, que je remplace ce soir.

Nous débattons enfin, avec un peu de retard sur le calendrier initial, de la proposition de loi portant création d’une agence nationale de cohésion des territoires.

La particularité de votre texte, madame la ministre – je dis « votre » car nous connaissons tous sa genèse – est de renvoyer au règlement l’essentiel de ses dispositions. De ce point de vue, le débat en commission a été fort utile pour préciser les intentions du Gouvernement et les modalités concrètes de fonctionnement de l’agence. Toutes les réponses n’ont pas été apportées mais nous en avons désormais une vision plus claire.

Or cette clarté, madame la ministre, nous laisse perplexes. Plus nous comprenons votre objectif, voire y adhérons, plus nous nous interrogeons sur l’utilité de créer une agence ad hoc.

Nous ne contestons pas les avantages, en termes de simplification, de la création d’un guichet unique permettant la coordination des opérateurs existants ; mais pourquoi créer une nouvelle entité ? Pourquoi ne pas  faire la même chose mais sous l’égide de l’actuelle CGET, qui pourrait alors être utilement rebaptisée ? Pourquoi ne pas recréer la DATAR, la délégation interministérielle à l’aménagement du territoire et à l’attractivité régionale, dont nous sommes nombreux sur tous ces bancs et dans les territoires à regretter la disparition sous sa forme historique ?

Au-delà de sa nature, ce sont les missions et  les  moyens de la future agence  qui ont focalisé l’attente des parlementaires et des élus locaux. Depuis dix-huit mois en effet, le Gouvernement et la majorité ont régulièrement répondu à nombre de nos propositions et de nos amendements en nous renvoyant au débat sur la création de cette agence de cohésion des territoires, par exemple lorsque nous l’interrogions sur la suppression, par le projet de loi de finances pour 2019, du FISAC, le fonds d’intervention pour les services, l’artisanat et le commerce.

M. Jean-Pierre Vigier. Absolument !

Mme Christine Pires Beaune. L’attente est telle que tous les types de territoires ont naturellement souhaité être reconnus comme territoires prioritaires d’intervention de l’agence. De très nombreux amendements ont ainsi été déposés en commission, rendant nos débats parfois complexes au détriment de leur lisibilité.

Nous pensons que la définition adoptée en commission qui inclut les territoires ruraux, insulaires, de montagne, ultramarins et relevant de la politique de la ville est plutôt de nature à satisfaire les aspirations de la grande majorité de nos collègues. Cependant, cette liste souffre d’un angle mort. Malgré la multiplicité des programmes de soutien et d’accompagnement mis en œuvre par l’État ou ses opérateurs, il reste des territoires qui ne relèvent d’aucun programme, d’aucun contrat, d’aucune agence nationale, d’aucun zonage prioritaire. Ces territoires, le plus souvent ruraux ou périurbains, sont délaissés par la puissance publique et marqué par la fracture territoriale. Si l’Agence de cohésion des territoires se contente d’œuvrer  dans les territoires d’intervention habituels, qu’elle peut continuer d’aider, elle manquera en grande partie sa cible. Nous proposerons donc un amendement pour y remédier.

S’agissant des missions de l’agence, là encore l’examen en commission a entraîné une forte inflation de l’article 2, qui, dans sa rédaction actuelle, établit une quasi-clause de compétence générale au bénéfice de l’ANCT. Nous ne proposerons pas d’alourdir cette liste mais nous veillerons à préciser ces missions et leur périmètre.

Nous proposerons par exemple, dans l’esprit de la suggestion formulée par les sénateurs et par cohérence avec le projet de loi d’orientation des mobilités, que l’Agence ait pour mission de concourir à la mise en œuvre des orientations nationales en matière de mobilités.

S’agissant de la gouvernance de l’agence, nous veillerons comme en commission à ce que les territoires identifiés comme prioritaires soient bien représentés dans leur diversité.

Il y a en revanche un domaine qui demeure dans un flou inquiétant : celui des moyens dont l’ANCT disposera. Nos débats en commission n’ont apporté aucun élément nouveau sur ce point, sinon la quasi-certitude que celle-ci fonctionnerait à enveloppes budgétaires constantes, ce qui lui enlèverait une grande part de son intérêt. Si l’ANCT ne bénéficie pas de moyens nouveaux, alors cette réforme n’est qu’une réorganisation administrative. Nous serons très vigilants, madame la ministre, quant aux moyens qui seront dévolus à l’agence dans le PLF pour 2020 et vous invitons à présenter ceux-ci de manière à permettre les comparaisons dans le temps long et à périmètre constant.

J’attire votre attention sur la mission de soutien aux projets de maintien des services publics dans les territoires. Nos concitoyens expriment depuis plusieurs semaines dans le cadre du grand débat national leur désespoir face au départ des services publics de l’État. Certaines communes voient disparaître au cours de la même année leur trésorerie, leur gendarmerie, leur bureau de poste et leur école. C’est aussi cela qui casse la cohésion des territoires.

M. Fabrice Brun. Elle a raison !

Mme Christine Pires Beaune. Le soutien de l’Agence aux projets de maintien des services publics est nécessaire mais l’État doit d’abord arrêter l’hémorragie de ses propres administrations déconcentrées.

M. Fabrice Brun. C’est du bon sens !

Mme Christine Pires Beaune. La dynamique actuelle a d’ailleurs quelque chose de kafkaïen : l’État se retire de certains territoires, forçant des collectivités à tenter de maintenir les services publics que celui-ci n’assure plus, tout en contraignant les dépenses de ces collectivités, dans le cadre des contrats de maîtrise de la dépense publique locale. C’est pourquoi nous proposerons un amendement sur cette question particulière des contrats de maîtrise.

En conclusion, madame la ministre, si nous doutons de l’intérêt de créer une agence ad hoc, nous approuvons l’institution d’un guichet unique dans les territoires et saluons la simplification et la coordination des acteurs que cette réforme implique. Nous veillerons à ce qu’aucun territoire ne soit oublié et à ce que les moyens soient à la hauteur des enjeux. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.)

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