Mes intervention lors de l’examen du projet de loi asile et immigration

Vous trouverez ci-dessous mes intervention sur le texte asile et immigration, pour lequel j’ai voté contre.

Mme la présidente. La parole est à Mme Christine Pires Beaune.

Mme Christine Pires Beaune. Je prends pour la première fois la parole dans la discussion sur ce texte, et j’ai délibérément choisi l’article 5 car je le considère très dangereux. Vouloir réduire les délais d’examen des demandes d’asile est assurément une fausse bonne idée. J’avoue qu’il y a quelques années, je pensais moi-même qu’il fallait poursuivre cet objectif, puis j’ai rencontré le Secours catholique, la Fédération de l’entraide protestante, la CIMADE, Emmaüs ainsi que des bénévoles de ma circonscription qui travaillent dans les centres d’accueil et d’orientation : tous sans exception me disent que c’est une mauvaise idée car ces 120 jours ne sont pas de trop. Croire qu’après avoir quitté son pays dans des conditions souvent épouvantables, ayant parfois risqué sa vie plusieurs fois, on peut en quelques semaines se reconstruire et monter un dossier, c’est méconnaître profondément les réalités de ces hommes, de ces femmes et parfois de ces enfants. Raccourcir ce délai est assurément une grave erreur.

J’ajoute que dans la loi de 2015, nous avions déjà raccourci ce délai, de façon raisonnable, à neuf mois. C’était hier ; pourquoi ne pas évaluer cette loi avant d’aller plus loin ? Monsieur le ministre, l’objectif caché de cette mesure n’est-il pas de faire de la procédure accélérée, moins protectrice, le droit commun et, inversement, de la procédure normale, l’exception, au détriment des droits de la défense ? (Mme Jeanine Dubié et Mme Sylvia Pinel applaudissent.)

[…]

M. le président. La parole est à Mme Christine Pires Beaune.

Mme Christine Pires Beaune. Après avoir voté la réduction d’un mois du délai pour déposer les demandes d’asile, vous vous apprêtez dans l’article 6 à raccourcir le délai de recours devant la CNDA, faut-il le rappeler déjà inférieur au délai de droit commun.

Dois-je rappeler également que le droit au recours fait partie du corpus des droits fondamentaux ? Diminuer le délai de recours, c’est mettre des femmes et des hommes, perdus, éminemment fragiles, sous une pression accrue. Diminuer le délai de recours, c’est aussi limiter l’accès au droit de recours, et rien d’autre ; c’est empêcher les demandeurs d’avoir un interlocuteur neutre, éclairé, comme tout un chacun y a droit lorsqu’il s’estime injustement traité par l’administration.

Monsieur le ministre d’État, s’il vous plaît, renoncez à cet article ! On peut parfois avoir raison contre tous, mais n’est pas Badinter qui veut. En l’occurrence, le Gouvernement ferait mieux de se fier aux vrais spécialistes que sont les praticiens du droit des étrangers – les avocats, les magistrats ou les rapporteurs de la CNDA. Les avocats sont en grève depuis plus de deux mois. Les rapporteurs ont rompu la leur, sans toutefois, selon l’intersyndicale, qu’aucune garantie n’ait été apportée sur leurs revendications essentielles. C’est plus qu’un signe, c’est un message pour nous tous. Il est plus que temps que le Gouvernement l’entende. Alors, renoncez ! (Applaudissements sur les bancs des groupes NG, GDR et FI.)

[…]

Mme la présidente. La parole est à Mme Christine Pires Beaune.

Mme Christine Pires Beaune. Depuis 2011, la durée de rétention administrative des étrangers dans notre pays est de quarante-cinq jours. Par le biais de l’article 16, vous vous apprêtez à la doubler, monsieur le ministre d’État, voire à la tripler dans certains cas. Cette mesure est dénoncée unanimement par les associations de solidarité,…

Mme Emmanuelle Fontaine-Domeizel. Quelles associations ?

Mme Christine Pires Beaune. …notamment la Cimade, dont les membres interviennent dans les centres de rétention administrative depuis des dizaines d’années.

La durée moyenne d’enfermement des étrangers est de douze jours. Ce chiffre est resté stable au cours des dernières années. Quel est donc l’intérêt d’allonger la durée d’une autorisation de rétention déjà bien supérieure à la réalité ? Aucun, sinon vous prémunir, l’espérez-vous, contre le procès en laxisme que vous font la droite et l’extrême droite.

Mme Laurence Dumont. Elle a raison !

Mme Christine Pires Beaune. Peu importe si, pour ce faire, vous piétinez cruellement deux principes fondamentaux, l’accueil des personnes en détresse et la dignité humaine. Peu importe que vous alliez à l’encontre de la première recommandation de l’étude sur les pratiques de rétention des migrants et les alternatives à la rétention d’enfants migrants menée par le Conseil de l’Europe. On y lit que les États doivent « mettre fin sans délai à la rétention d’enfants migrants », en application notamment de la résolution « qui vise à mettre fin à la rétention ainsi qu’à encourager et faciliter la mise en œuvre d’alternatives ».

Et vous, que nous proposez-vous, en guise d’alternative ? L’augmentation de la durée maximale de rétention administrative, au lieu par exemple d’appliquer la quarantième proposition de l’étude du Conseil de l’Europe : « Afin de faciliter l’intégration des enfants migrants dans la société, les États doivent mettre en œuvre des campagnes de sensibilisation qui contribueront à lutter contre les préjugés et les stéréotypes à l’encontre des migrants dans le grand public ».

Je vous en supplie, monsieur le ministre d’État : renoncez à l’article 16 ! Renoncez à enfermer les enfants, quelle que soit leur origine ! Un enfant reste un enfant, et on ne peut le priver de sa liberté. (Applaudissements sur les bancs des groupes NG, GDR et FI.)

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