Commission des finances : audition du gouverneur de la banque de France

 

J’ai interrogé, le mercredi 19 juillet dernier, Monsieur François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France sur les inégalités.

Mme Christine Pires Beaune. Je voudrais en premier lieu remercier le président Woerth pour la précision qu’il a apportée au sujet du périmètre de notre modèle social.

Dans votre lettre introductive au rapport annuel, vous indiquez, monsieur le gouverneur, qu’il faut répondre sérieusement à la montée des inégalités. Je suis évidemment d’accord, persuadée en outre que c’est la meilleure façon de lutter contre le populisme. J’attire simplement l’attention de mes collègues sur l’un des graphes qui figure dans cette lettre introductive, qui montre, à partir de l’indice de Gini, que la France est le seul pays où les inégalités ne se sont pas accrues, ce qui laisse penser que notre modèle social a protégé ceux qui en avaient le plus besoin. J’émets donc le vœu qu’à chaque fois que nous évoquons le PIB et la croissance, nous examinions leur évolution à la lumière de l’évolution de l’indice de Gini.

 

M. le gouverneur de la Banque de France.

[…]

Madame Pires Beaune, je vous remercie d’avoir porté notre attention sur l’indice de Gini. Je suis parfaitement d’accord avec vos propos, même si cet indice n’est pas le seul thermomètre de l’économie française. Si nous avions par hypothèse un taux d’inégalité très bas, mais également un taux de croissance très faible et un niveau de chômage très élevé, notre bulletin de santé serait mauvais.

Reste que, dans le débat sur les inégalités qui est de plus en plus prégnant dans le monde anglo-saxon depuis un an pour des raisons évidentes, l’Europe à quelque chose à dire, qu’elle devrait dire plus fort. Je l’affirme avec toute ma conviction, qui n’est pas dictée par la seule technicité : le modèle européen existe – avec les nuances que vous avez soulevées, monsieur le président. C’est davantage de services publics, davantage de redistribution fiscale et sociale et davantage de dialogue social. Et la bonne nouvelle, c’est que ce modèle est compatible avec le succès économique, pour peu qu’on en adapte les modalités à la croissance. Beaucoup de nos voisins du Nord comme du Sud nous le prouvent : les réformes fonctionnent et ne nous obligent pas à renoncer à ce modèle social. L’Europe doit donc faire entendre sa voix sur la scène internationale pour faire savoir que la réponse aux inégalités, ce n’est pas le protectionnisme, ce n’est pas la dérèglementation financière, ce ne sont pas les baisses d’impôts massives pour les plus favorisés – et je ne vise personne…

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